Général Lamine Cissé : L’héritage d’un bâtisseur de paix et de République

Le 19 avril 2019, Dakar perdait l’une de ses grandes figures militaires et institutionnelles avec le décès du Général Lamine Cissé, à l’âge de 79 ans. Né le 31 décembre 1939 à Sokone, il fut un officier général sénégalais dont le parcours exceptionnel l’a conduit aux plus hautes responsabilités, tant au niveau national qu’international, en tant que chef d’état-major général des armées, ministre de l’Intérieur et responsable onusien en Afrique.

Lamine Cissé entame sa carrière militaire en 1964 comme commandant d’unité. Jeune officier, il est aide de camp du ministre des Forces armées Amadou Karim Gaye, avant d’accumuler une solide expérience opérationnelle et diplomatique. Entre 1976 et 1978, il dirige le contingent d’observateurs chargé de superviser le cessez-le-feu entre le Front de libération Moro et le gouvernement des Philippines, sous la présidence de Ferdinand Marcos. De retour au Sénégal en 1978, alors lieutenant-colonel, il est nommé adjoint logistique du sous-chef d’état-major général des armées et chef de la division des études générales.

Sa carrière se poursuit à des postes clés. Entre 1984 et 1987, il dirige l’École polytechnique de Thiès, avant d’être nommé directeur de la sécurité publique au ministère de l’Intérieur de 1987 à 1991. Il occupe cette fonction dans un contexte particulièrement tendu, marqué par la grève des policiers de 1987 et la présidentielle controversée de 1988 ayant conduit à la réélection du président Abdou Diouf.

Promu général de brigade le 1er juillet 1993, il devient inspecteur général des forces armées. Trois ans plus tard, le 1er juillet 1996, il est nommé Chef d’état-major général des Armées par le président Abdou Diouf, devenant le 7e Cemga du Sénégal. Il succède au général Mouhamadou Lamine Keita et marque son passage par des réformes structurantes, notamment la création de la zone militaire n°6 de Kolda, confiée au général Babacar Gaye.

En 1997, il entre dans l’histoire en devenant le premier militaire sénégalais nommé ministre de l’Intérieur. À ce poste stratégique, il organise les élections législatives de mai 1998 ainsi que l’élection présidentielle de 2000, qui aboutit à une alternance politique pacifique avec la victoire de Abdoulaye Wade. Il est ensuite remplacé par le général Pathé Seck Niang dans le premier gouvernement de Moustapha Niasse.

Sur le plan international, sa carrière prend une dimension diplomatique majeure. Le 16 juin 2001, le Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, le nomme Représentant spécial en République centrafricaine et chef du Bureau des Nations unies pour la consolidation de la paix (BONUCA). En 2008, il est réaffecté par Ban Ki-moon à la tête du Bureau des Nations unies en Afrique de l’Ouest.

Promoteur de la paix

Parallèlement, il s’investit dans la promotion de la gouvernance démocratique en tant que président fondateur de l’Observatoire international de la démocratie et de la gestion des crises et conflits (OIDEC), basé à Dakar. Il mène également plusieurs missions de médiation et d’expertise, notamment en Guinée, où la CEDEAO et les Nations unies lui confient en 2010 une mission d’évaluation du secteur de la sécurité, puis en 2013 un rôle de facilitateur international dans la gestion de la crise électorale, sous l’égide de Saïd Djinnit.

Au cours de sa carrière, il a reçu de nombreuses distinctions honorifiques, parmi lesquelles la Grand-croix de l’Ordre national du Lion, la Grand-croix de l’Ordre du Mérite, l’insigne d’officier de la Légion d’honneur française, ainsi que des décorations internationales telles que le Grand-officier de l’Ordre du Mérite de la France, le Grand officier de l’Ordre souverain militaire de Malte et l’Ordre national du Nigeria.

Homme de rigueur, de discrétion et de loyauté républicaine, le Général Lamine Cissé laisse derrière lui l’image d’un serviteur de l’État dont l’engagement aura profondément marqué l’armée, l’administration et la diplomatie sénégalaises.

A.N