Bijou d’architecture et emblème sénégalo-allemand

Après 48 ans de présence au Sénégal, le Goethe-Institut Dakar, centre culturel de l’Allemagne fédérale, inaugure son siège. C’est un bijou architectural conçu par l’illustre Francis Kéré, qui affirme les symboles forts de la diplomatie culturelle dans les nouveaux enjeux du monde, notamment l’écologie. L’œuvre a été présentée à la presse le jeudi 16 avril 2026.

Il y a des termes, comme joyau, qui sont usités à l’usure. Mais, concernant le nouveau siège de Goethe-Institut Dakar, inauguré aujourd’hui, samedi 18 avril, on peut réellement parler de joyau.

L’édifice, construit entre 2018 et 2026, occupe un terrain de 2,7 ha avec une surface bâtie de près de 1 800 m2. Il se situe à Fann Résidence, mitoyen au Musée Léopold Sédar Senghor.

Ce nouveau palais du centre culturel de l’Allemagne fédérale, implanté à Dakar depuis 1975, est un bijou architectural pensé par le Burkinabo-allemand Diébédo Francis Kéré (Prix Pritzker d’Architecture 2022, équivalent du Nobel).

Cette maison du Goethe-Institut Dakar est un ensemble de briques de terre ocre rouge, avec un premier étage à la façade ajourée qui laisse danser les rayons et l’air frais à l’intérieur des pièces.

Le siège comprend en tout 5 salles de cours, 1 bibliothèque, un studio sonore, une salle de spectacles d’une capacité de 150 personnes, un restaurant et des espaces verts et de détente.

Le site, réalisé avec un budget d’un peu plus de 2,6 milliards de FCfa, existe ainsi dans un esprit éco-responsable, tout en demeurant dans son esprit de creuset culturel : encourager la créativité inspirée par les identités.

La bibliothèque, se voulant « décoloniale », est une fusion entre oralité africaine et culture écrite. Elle est accolée à un studio d’enregistrement pour podcasts, radio et productions multimédias.

À vue d’oiseau, on peut aussi admirer les 360 m2 de panneaux photovoltaïques. Goethe-Institut participe à la réinvention du rôle de la bibliothèque dans les sociétés africaines où la parole « demeure la forme essentielle de transmission des savoirs ».

Il s’y agira d’interroger le modèle occidental postcolonial, en suggérant une passerelle entre le numérique, l’écrit et l’oralité.

Dans l’esprit ou le prolongement du podcast « Xam sa démb, Xam sa tey » (produit par Goethe-Institut, avec des textes du Pr Ibrahima Wane et la voix de Dr Massamba Guèye), la bibliothèque est un sanctuaire vivant, ancré aux cultures locales et ouvert au monde.

Cette collaboration et cet égard des savoirs locaux se traduisent par ailleurs par la collaboration de Francis Kéré par le cabinet d’architecture basé à Dakar, Worofila, et la structure #Elementerre, fabricante des briques de terre rouge.

Au milieu de l’édifice trône un baobab, trouvé sur le site.

Les salles de cours sont modernes et modulables, pour l’enseignement de langues et des programmes culturels. Un auditorium polyvalent va abriter concerts, conférences et projections de films.

Le centre compte également des espaces de coworking, pour des échanges, ateliers et autres séances de travail. La scène du Goethe-Institut servira à la musique par des concerts et des showcases.

L’espace pour enfants, favorisant l’interaction et l’épanouissement, est conçu pour attiser leur curiosité et tôt les habituer à la culture.

Ce nouveau bâtiment à Dakar est le premier spécialement conçu et construit en Afrique par Goethe-Institut.

L’autre particularité est sa localisation : le centre culturel, situé sur la rue Leo Frobenius à Fann, est mitoyen aux Dents de la mer, actuel Musée Léopold Sédar Senghor et ancienne maison du poète-président.

L’ambassadeur de la République fédérale allemande à Dakar observe que cette situation rappelle fortement l’héritage de notre collaboration culturelle fondatrice de nos relations.

« Frobenius, penseur allemand, a consacré sa vie à la recherche et à la richesse des cultures africaines. Senghor, lui, poète, philosophe et président sénégalais, a reçu en 1968 à Francfort le prix littéraire le plus prisé d’Allemagne, Friedenspreis des Deutschen Buchhandels. Senghor avait vu en la littérature allemande, notamment avec Frobenius et le romantisme allemand, une source d’inspiration pour la Négritude et pour l’émancipation des peuples africains », a observé Kai Baldow.

Par  Mamadou Oumar KAMARA