Philippines et Sénégal à 50 ans : du dialogue au partenariat (Par l’Ambassadeur Leslie J. Baja)

Cette année marque le 50e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la République des Philippines et la République du Sénégal. Au cours de cinq décennies, nos deux pays ont bâti une relation fondée sur le respect mutuel, le dialogue constructif et un attachement commun à la souveraineté et au développement national.

Le 15 mars 1976, les Philippines et le Sénégal ont officiellement établi des relations diplomatiques. Pour de nombreux Philippins, le Sénégal peut sembler lointain — un pays situé à l’extrémité ouest du continent africain, bordé par l’Atlantique. Pourtant, la décision d’établir ces liens est née d’un moment historique particulier qui a conduit nos deux pays à se rapprocher : la question des populations musulmanes à Mindanao, dans le sud des Philippines.

En 1972, la situation des musulmans dans le sud des Philippines est devenue une question inscrite à l’ordre du jour de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI). En 1973, l’OCI a créé une commission ministérielle quadripartite — le Comité des Quatre — composée de la Libye, de l’Arabie saoudite, de la Somalie et du Sénégal. Ce Comité s’est rendu aux Philippines en août 1973 afin de mener une mission d’observation à Mindanao et dans l’archipel de Sulu. Le Sénégal, représenté au sein de la délégation par l’Ambassadeur Moustapha Cissé, s’est ainsi directement engagé dans une question touchant à la souveraineté et à l’intégrité territoriale des Philippines.

À mesure que l’attention internationale s’intensifiait, les Philippines ont entrepris une action diplomatique élargie auprès des États membres de l’OCI. L’objectif était d’engager un dialogue constructif avec le monde islamique et les pays du Sud, plutôt que de s’inscrire dans l’isolement. C’est dans ce contexte que les relations diplomatiques avec le Sénégal ont été établies en mars 1976.

Les relations entre les Philippines et le Sénégal ont gagné en visibilité en juin 1990, lorsque le Président sénégalais Abdou Diouf a effectué une visite d’État à Manille. La presse philippine a relevé que la Présidente Corazon Aquino et le Président Diouf devaient évoquer la question des populations musulmanes à Mindanao, témoignant de l’intérêt constant du Sénégal, en tant que membre de l’OCI, pour l’évolution de la situation à Mindanao.

En juin 1998, le Président Fidel V. Ramos s’est rendu à Dakar pour recevoir le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix de l’UNESCO pour l’année 1997. Il a partagé cette distinction avec Nur Misuari, Président du Front moro de libération nationale (MNLF) et Gouverneur de la Région autonome de Mindanao musulman, en reconnaissance de l’Accord de paix final de 1996 conclu avec le MNLF. La cérémonie, organisée à Dakar avec le soutien du Président Diouf, a qualifié l’accord philippin de moment historique — mettant fin à un quart de siècle de conflit armé.

La portée symbolique de cet événement ne nécessitait aucune explication. Un pays qui avait autrefois engagé un dialogue avec les Philippines sur la question de Mindanao accueillait désormais la reconnaissance d’un processus de paix philippin. Ce qui avait commencé par le dialogue s’est progressivement transformé en partenariat.

Au fil des décennies, les relations entre les Philippines et le Sénégal se sont étendues au-delà de leur contexte initial. Les échanges commerciaux, bien que modestes, ont revêtu une importance réelle. Le Sénégal importait du riz des Philippines, tandis que celles-ci importaient des phosphates du Sénégal. Le premier bureau commercial philippin en Afrique a été établi à Dakar.

Les échanges entre les peuples ont également prospéré. Parmi les Philippins au Sénégal figure Sœur Charito Calangi, qui a consacré de nombreuses années de service à La Pouponnière à Dakar, un foyer pour enfants en situation de vulnérabilité. Par son action et son engagement au sein de la communauté philippine, elle est devenue un discret trait d’union entre nos deux sociétés, réunissant régulièrement les Philippins lors des célébrations de Noël et d’autres événements communautaires.

Aux Philippines, Maodo « Malick » Diouf, joueur de basketball sénégalais, a fait du pays une seconde patrie. Il a contribué à mener l’Université des Philippines au titre de champion de l’University Athletic Association of the Philippines (UAAP) en 2022. En mars 2026, le Sénat philippin a adopté en troisième et dernière lecture un projet de loi visant à lui accorder la nationalité philippine, ce qui lui permettrait de représenter le pays au sein de l’équipe nationale de basketball.

Au-delà du commerce et de la diplomatie, ces échanges humains constituent l’expression la plus concrète des relations entre nos deux pays.

Cinquante ans après, le lien entre Manille et Dakar demeure solide. Il repose sur la volonté partagée des Philippins et des Sénégalais de travailler ensemble à la poursuite d’objectifs communs — promouvoir le développement national et soutenir les aspirations de nos peuples. Cette continuité, de 1976 à 2026, ne constitue pas seulement une mesure des cinquante années écoulées. Elle représente une base solide pour l’avenir.

 

Par l’Ambassadeur Leslie J. Baja