[Publication] « Nos aînés sont nos mémoires vivantes » : le plaidoyer de la Dre Ndèye Fatou Gaye

Alors que la population sénégalaise vieillit progressivement, la question de la prise en charge des personnes âgées devient un enjeu de santé publique. Dans son ouvrage « Pratiques gériatriques au Sénégal – le cas du centre régional de gériatrie de Thiès », la Dre Ndèye Fatou Gaye, médecin diplômée de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, propose une analyse approfondie d’une année de fonctionnement de ce centre pionnier.

Issu de son travail de thèse, le livre ambitionne de rendre accessibles des données scientifiques souvent confinées au milieu académique. « Une thèse ne doit pas dormir dans une bibliothèque. Elle doit être utile, accessible et partagée », affirme la médecin.

Une thèse transformée en outil de santé publique

À l’origine de ce livre, une volonté claire : valoriser la recherche universitaire et contribuer à l’amélioration du système de santé. Pour la Dre Gaye, cet ouvrage s’inscrit également dans une vision portée par son mentor, le professeur Mamadou Coumé, figure de la gériatrie au Sénégal. « C’est lui qui a eu l’audace et la clairvoyance de m’envoyer à Thiès pour documenter le travail de ce premier centre régional », explique-t-elle.

Durant plusieurs mois, la médecin a observé le fonctionnement du centre, analysé les parcours des patients et échangé avec les familles et les soignants. « Pendant plusieurs mois, j’ai observé, écouté, analysé : patients, familles, soignants… Cette expérience méritait d’être racontée pour que le Sénégal s’en inspire », souligne-t-elle.

Pour elle, la gériatrie doit aujourd’hui être considérée comme une priorité nationale. « Le Sénégal change, notre population vieillit, mais notre système de santé n’est pas encore totalement préparé », avertit-elle., avant de lancer un message clair. « « Mon message est simple et triple :

Aux décideurs publics : investissez dans la gériatrie. La transition démographique est en marche. Plus tôt nous préparerons notre système de santé, mieux nous accompagnerons nos aînés. Le modèle du Centre régional de gériatrie de Thiès a prouvé son efficacité et mérite d’être dupliqué dans toutes les régions.

Aux professionnels de santé : formez-vous à l’approche gériatrique. Une personne âgée n’est pas qu’une liste de maladies. C’est une histoire, un environnement, une autonomie à préserver. La médecine globale évalue la nutrition, la cognition, l’humeur et la mobilité.

Aux familles : vous êtes les premiers acteurs de la santé de vos aînés. N’attendez pas que la situation se dégrade pour consulter. Plus tôt on détecte une fragilité, Aux familles : vous êtes les premiers acteurs de la santé de vos aînés. N’attendez pas que la situation se dégrade pour consulter. Plus tôt on détecte une fragilité, mieux on peut agir. Et vous n’êtes pas seules : des structures et des professionnels existent pour vous accompagner. »

Le défi du vieillissement de la population

Si le Sénégal reste un pays jeune, la transition démographique est déjà perceptible. L’augmentation de l’espérance de vie entraîne mécaniquement une hausse des besoins en matière de santé des personnes âgées. « L’espérance de vie augmente et les besoins des personnes âgées deviennent un enjeu majeur », explique la Dre Gaye.

Cette évolution implique notamment une augmentation des maladies chroniques, qui nécessitent des structures spécialisées et une approche multidisciplinaire. « Les maladies chroniques seront de plus en plus fréquentes. Cela nécessite des centres spécialisés comme celui de Thiès partout dans le pays », insiste-t-elle.

Le centre régional de gériatrie de Thiès représente ainsi, selon elle, une expérience pionnière qui pourrait servir de modèle pour les autres régions.

Hypertension, diabète, fragilité : les pathologies les plus fréquentes

L’étude menée au centre de Thiès met en évidence plusieurs pathologies dominantes chez les patients âgés.

Les maladies chroniques arrivent en tête. Les pathologies cardiovasculaires, notamment l’hypertension artérielle, sont les plus fréquentes. Le diabète concerne près d’un quart des consultants (23,8 %), tandis que les troubles ostéoarticulaires comme l’arthrose touchent environ 19 % des patients.

Mais au-delà des maladies visibles, la gériatrie révèle également des syndromes plus discrets mais tout aussi préoccupants.

« La dénutrition touche 12 % des patients, les troubles cognitifs majeurs 11,5 % et la dépression environ 11 % », détaille la médecin.

Plus inquiétant encore, près de 30 % des patients sont considérés comme fragiles, c’est-à-dire à risque de perdre rapidement leur autonomie.

O.B.N